SPAF

Syndicat des pilotes d’Air France

Edito du Président : Décrochage en ligne droite

Edito du Président : Décrochage en ligne droite

La nouvelle de la faillite d’Aigle Azur nous a tous marqués. Mais nous n’avions pas eu le temps de l’analyser en profondeur que XL subissait le même sort.

Les nombreuses alertes envoyées au gouvernement français n’y feront rien : tandis que l’Allemagne et d’autres aident leurs compagnies à survivre, la France regarde les siennes mourir.

Mais quelle est l’idée ? Air France a survécu à des épisodes plus ou moins difficiles, mais pas grâce à l’Etat depuis bien longtemps. L’État décide, bloque, impose des contraintes toujours plus dures, toujours plus injustes, et à chaque fois, Air France passe à la caisse.

Aigle Azur et XL n’ont pas eu la chance de survivre à ce racket institutionnel imposé aux compagnies françaises (taxes et redevances aéroportuaires, cotisations patronales, etc.). Et surtout à cette concurrence déloyale incroyable. Si les Allemands de Condor ne survivent que grâce à l’aide de l’Etat allemand, comment imaginer que nos compagnies survivent alors même qu’elles sont plus taxées ?

En interne, ces taxations se traduisent également par toujours plus d’injustice entre AF et KLM, KLM se persuade d’être plus performante, nous regarde de haut alors qu’elle est juste moins taxée que nous, et favorisée par le conseil d’administration du groupe pour d’évidentes (et injustes) raisons comptables. La double peine pour Air France !

La conséquence, c’est que les pilotes (et les autres personnels) d’Air France sont toujours à la traine des avancées sociales et salariales par rapport à KLM.

Un principe avait donc été acté par le SPAF lors de la négociation salariale de l’hiver 2018, celui d’une NAO en 2019, après celle de KLM. En effet, Ben Smith comparant toujours les deux, il serait obligé de composer pour Air France en fonction des augmentations de KLM. C’était sans compter sur la signature des accords Transavia par le SNPL, qui a validé le principe d’une NAO à zéro pour cette année !

Durant la négociation, nous les avions pourtant alertés : s’ils acceptaient ce paragraphe, de fortes augmentations apparaitraient chez KLM. Logique, puisque du coup sans conséquence chez Air France. Autant les augmenter beaucoup cette année, et moins l’année prochaine où nous pourrons à nouveau comparer.  Ce qui fut dit fut fait, 7% d’augmentations validées chez les pilotes de KLM et encore 5% à venir d’ici août 2021. CQFD.

D’autres ont de plus graves problèmes que nous, et nous avons donc demandé à la direction d’étudier des pistes pour recruter les pilotes d’Aigle Azur (et de XL). « Le beau côté de notre métier de pilote de ligne est de s’imaginer, de temps à autre, que nous vivons loin des choses d’ici-bas, que notre existence est faite d’une suite d’aventures. » (Jean Mermoz).

Nos collègues d’Aigle Azur ou d’XL ont pourtant été brutalement rappelés à ces « choses d’ici-bas ».  Et à ce rythme, ils ne seront pas les derniers. Faisons au mieux pour les aider à revoler rapidement, cette solidarité sera tout à notre honneur.

Les sujets ne manquent pas, la pérennité de nos retraites est actuellement le plus critique d’entre eux. La stratégie « seul dans son coin » du SNPL est inadaptée à l’enjeu. C’est usuel mais bien léger face à l’entreprise de destruction massive que l’État continue de vouloir mener contre les régimes de retraite. Dans de telles circonstances, serrer les rangs devient pourtant indispensable. Faites-vous entendre dans ce sens !

Grégoire Aplincourt, Président du SPAF