SPAF

Syndicat des pilotes d’Air France

Édito du Président

Édito du Président

Négos J+1,+1,+1 etc. La psychanalyse de la virgule.

Force est de constater que nous n’avons jamais connu une période de négociations d’une telle durée (nous avons d’ailleurs arrêté de compter les semaines). Vous nous demandez régulièrement où nous en sommes, et pour cause ! Nous y reviendrons dans ce Trait d’Union largement consacré à ce sujet. Mais pourquoi donc passer autant de temps à discuter et pour aboutir à quel accord ? L’élection présidentielle imminente aurait pu inciter la Direction à accélérer les choses et, à faire valoir à son crédit un travail social exemplaire. Pour les pilotes nous le saurons sous peu, mais c’est bien mal engagé. La « Confiance » avec un grand «C» en a pris un sérieux coup. Car au-delà du fond, on en est à mener des séances à psychanalyser les virgules pour expurger les textes successifs de toute possibilité de contournement ou d’interprétations inopportunes… Les années Juniac (mais pas seulement) ont laissé des traces. Dans ce contexte électoral, il reste à savoir ce qui va advenir. Le duo Terner/Janaillac va-t-il enfoncer le clou et faire le sale boulot avant d’être appelé à d’autres œuvres ? Tentera-t-il le maintien d’Air France (mainline) en première division ou jouera-t-il délibérément la relégation ? Ce « mercato » politique nous importe peu, mais nous ne pouvons ignorer que ce contexte relance des influences que nous voyons trop souvent interférer dans la marche de l’entreprise. Pour autant, cela n’est pas satisfaisant.

L’avenir de notre compagnie demeure toujours (trop) lié à l’État et à une sphère politique qui veut garder la main sur Air France sans jamais accepter de lui donner de vrais moyens pour réussir.

Y a-t-il une raison pour que cela change aujourd’hui ou même demain ? Le marché a beau être porteur, nous courons ce marathon un boulet attaché à chaque cheville avec, au final, des dirigeants qui ne pensent qu’à taper dans les conditions de travail, éternelle solution de facilité. Les pilotes ont voté « oui » au projet Boost, dans un ras-le-bol général, peut-être espérant voir une solution se profiler, mais certainement pas pour laisser faire n’importe quoi et brader leur contrat ! Certains en confondant progrès et renoncement font le jeu d’une Direction tentée de mettre à profit ce « oui » particulier et intervenu dans un contexte donné. Alors, NON, 4 mois de négociations cela ne nous amuse pas. Mais les relais zélés de la Direction qui grenouillent dans les couloirs de la DG.OA et certains « syndicalistes » sous-marins font, à leur façon, le jeu de la Direction.

Comme la plupart des pilotes, nous aimerions ressortir de tous ces échanges sur une période de calme favorable à la prospérité de l’entreprise, avec un accord – enfin ! – bénéfique aux pilotes. Mais si le processus est long, c’est que les voies sans issues choisies par la Direction confinent au labyrinthe. Il en a fallu du temps pour voir reconnus les efforts des pilotes, et il reste encore du travail à accomplir. Les idées dépassées et les dogmes perdurent ! Côté SPAF, nous restons fermement convaincus que le problème n’est pas le coût pilote. Trouver un accord est notre souci, oui, mais pas à n’importe quel prix ! Terner s’est (enfin) engagé à stopper la mise en œuvre unilatérale des projets de la DG.OA, tous plus « ingénieux » les uns que les autres et menés sans aucune concertation puisque nous sommes occupés en négociations (bien tenté…). La DG.OA ferait bien de se préoccuper un peu plus de sécurité des vols, elle oublie trop souvent que c’est sa responsabilité première. À quelques jours d’intervalle, deux quasi-accidents ont vu le même A340 passer le bout de piste au décollage à Bogota entre 3 & 4ft ! Ils n’ont donné lieu à des mesures significatives qu’après deux DGI posés par nos élus CHSCT, une bronca en plénière DP et notre consigne syndicale. Au regard des éléments dont disposait la Direction, cette passivité est juste hallucinante. On n’est plus du tout dans la virgule, là. Messieurs les dirigeants, les pilotes sont les derniers remparts de la sécurité des vols. Ne les bridez pas et ne les bradez pas ! Les conséquences que cela pourrait avoir pour l’ensemble de la Compagnie ne doivent pas s’effacer derrière des considérations où l’humain et la valeur de l’expérience ne trouvent plus leur place.

Grégoire APLINCOURT

Président du SPAF.