SPAF

Syndicat des pilotes d’Air France

L’art du non dialogue social

L’art du non dialogue social

L’art du non dialogue social

Avec notre Direction les négociations se suivent et se ressemblent. Prélude à une mobilisation résumée dans ces lignes, le simulacre de négociation de la semaine passée aura permis de conforter cette impression de rengaine et d’à-peu-près. Une fois de plus la DRH a tenu à remplir une obligation légale de négociation sans aucune intention de trouver une solution au problème. C’est ainsi que fonctionne le dialogue social à Air France.

Quand on sait que M. Gateau, aux commandes de ces opérations de haute volée, est chargé par le gouvernement d’un rapport sur le dialogue social au sein des entreprises françaises, on se demande bien quelle aptitude hors du commun a pu séduire l’exécutif pour lui confier pareille tâche… Certainement pas ses résultats !

Pour comprendre comment fonctionne la machine à négocier chez AF il suffit souvent de regarder qui prend les commandes. Notre compagnie fait face à un mot d’ordre général, du pilote au manutentionnaire en passant par les agents d’escale. Tous les personnels de l’entreprise expriment leur ras-le-bol.

Et face à cette fronde historique, le président du groupe ne se déplace pas ! Tout est dit. Les salariés souffrent, tous, mais dans les couloirs feutrés du Comex, où les augmentations et la perception des évènements sont beaucoup plus importantes, il y a d’autres urgences à gérer. Janaillac a-t-il envoyé son bras droit, le Directeur Général ? Non plus ! M. Terner, beaucoup plus à l’aise avec le format épistolaire et romancé de ses mails n’a pas jugé utile de se déplacer. Ce constat nous amène à penser que les sombres années de Juniac n’ont pas disparu. La com est plus travaillée mais le mépris demeure. La Direction va même désormais contester les chiffres officiels d’inflation de l’INSEE. Il fallait oser !

Voilà donc la méthode Gateau, celle que toutes les entreprises françaises vont bientôt expérimenter. Les résultats seront sûrement édifiants.

Mais que se passera-t-il donc si l’entreprise continue dans cette voie ? Les habitudes ont la vie dure. Nous sommes toujours la cible d’une certaine strate dirigeante qui nous méprise et rêve d’une compagnie sans pilotes… Et contrairement à ce que beaucoup répandent en interne ou en externe il n’y a pas de « traitement de faveur » pour les pilotes. C’est plutôt le contraire !

Les tentatives d’évolutions structurelles suite au crash de l’AF447 sont restées lettre morte. Après toutes ces années, rien n’a changé. Chaque service fait son petit travail, dans son coin. Chacun creuse un sillon sans que l’objectif à atteindre soit clairement défini. Au final personne ne se préoccupe globalement de la sécurité des vols, un concept dont tous les responsables se gargarisent à chaque intervention mais dont ils limitent la portée dès que possible. Cette sécurité des vols qui ne concerne plus notre CHSCT, plus nos mécanos. Et qui bientôt ne nous concernera plus ?

Chers collègues, nous ne nous battons plus seulement pour nos salaires. Nous nous battons pour que les choses changent, pour que cesse le mépris et que les priorités de cette entreprise ne soient pas seulement dictées par des dogmes économiques, passant à côté des valeurs fondamentales qu’elle véhiculait jadis et qui lui ont donné le statut et la grandeur qu’on lui accorde malgré tout encore aujourd’hui. Car quels que soient nos résultats financiers, qu’adviendra-t-il d’une compagnie aérienne qui méprise ainsi ses personnels ?

Grégoire Aplincourt,

Président du SPAF