SPAF

Syndicat des pilotes d’Air France

Le bateau ivre…

Le bateau ivre…

Le bateau ivre…

Cela fait bien longtemps qu’Air France est dirigée par un savant assemblage de comptables et de politiques. Cela fait bien longtemps que l’on pourrait chercher – en vain – un dirigeant pour qui l’entreprise et ses salariés seraient le principal intérêt, ça n’existe plus. Si tant est que cela ait existé un jour, peut-être, dans une compagnie où – après-guerre – la communauté d’objectif et la solidarité avaient un sens renouvelé. Autres temps, autres mœurs.

Aujourd’hui, à Air France, les dirigeants sont nommés politiquement, si besoin recyclables, bref, ils ne sont que de passage. Et leur intérêt principal se trouve bien ailleurs…

Celui qui gouverne une entreprise doit s’employer à faire converger les points de vue pour parvenir à une solution qui, sans être toujours parfaite, sera jugée par tous comme étant la plus raisonnable ou, au pire, la moins mauvaise en utilisant un levier qui devrait être incontournable : le dialogue social ! Dialogue social, dont certains se revendiquent crânement, mais qui dans les faits n’en ont cure.

Terner, resté en planque, ne s’est jamais déplacé pour échanger avec onze syndicats en grève. Ne devrait-il pas avoir quelque honte de si peu nous considérer ?

Janaillac, lui, dont nous connaissons surtout le visage par les médias, se désole que l’on ne poursuive pas le dialogue. Dialogue encore une fois prôné haut et fort, tout en nous précisant de concert que de toute façon il n’ira « pas plus loin ».

De notre côté le contrat est respecté : les pilotes font leur part et honorent leur engagement.

De son côté, la Direction, elle, gratte et rogne sur toutes les marges que nous lui laissons. Parfois grâce à des accords médiocres que nous subissons bien au-delà du schéma prévu et d’échanges qui se révèlent à sens unique ou d’améliorations de productivité qui finissent en renoncements définitifs. Sans même parler des dispositions prévues qu’elle ne respecte pas….

Quant à l’État, il nous méprise ou, au mieux, nous ignore.

Le DRH a lâché en réunion que nous augmenter créerait de la dette. Il fallait tout de même oser, après avoir remboursé 56% de la dette en 2017, soit 2 M€ en un an (pour rappel la SNCF a 46M€ de dette, Air France n’en a plus que 1,6). La Direction feint d’ignorer que des pilotes (et des personnels en général) motivés font gagner de l’argent.

Car oui, messieurs, les financiers ne sont pas des dirigeants d’entreprise, notamment parce qu’ils n’intègrent pas l’élément humain, pour lequel ils n’ont que mépris, ils comptent les grèves comme un coût isolé, alors que pour eux les augmentations pèsent sur plusieurs années, incapables de voir une plus-value dans l’investissement humain et salarial. Et nos dirigeants pensent aujourd’hui comme des comptables.

Ils n’ont toujours pas compris que nous ne renoncerons ni à nos conditions de travail, ni à nos acquis. Il n’est pas question non plus de laisser nos salaires baisser constamment, avec la CRPN qui s’effondrera à la suite, pendant que l’on finance les augmentations et la caisse de retraite de KLM. Ça, un vrai dirigeant, soucieux de la cohésion de l’entreprise, l’aurait compris sans aucun doute.

 

Grégoire APLINCOURT, Président du SPAF