SPAF

Syndicat des pilotes d’Air France

Nouvelle Direction et nouveaux enjeux…

Nouvelle Direction et nouveaux enjeux…

Nous avons donc été amenés à négocier avec « Ben » Smith et son bras droit « social », Oltion Carkaxhija. Comme on pouvait s’y attendre, le changement de style est net sinon total. Nous avons découvert un dirigeant d’un abord pragmatique (style nord-américain) et à l’écoute, en apparence du moins. Encore fallait-il être entendus et pas seulement écoutés ! En tout cas, il ne vient pas prendre ici sa préretraite.
Le Spaf assume cette sortie de crise avec un accord collectif et l’ouverture de négociations catégorielles pilote, que nous réclamons de longue date. Nous formulons le souhait que ce prochain round, qui devrait débuter le 5 novembre, le temps de se mettre en ordre de bataille, soit l’occasion de mettre à plat ce qui ne va pas et ce qui pourrait aller mieux… sans changer ce qui fonctionne !
Au vu du constat plutôt partagé, Air France a besoin d’une rénovation complète. Le chantier social intercatégoriel se sera un peu amélioré mais beaucoup reste à faire avec des négos pilotes qui n’ont jamais été simples, vu l’attitude de nos interlocuteurs. Les élections professionnelles en perspective ne simplifieront certainement pas la donne !
Le second chantier devra porter sur la reconfiguration de la Compagnie, l’équipe Janaillac/Terner n’ayant rien changé à ses archaïsmes, confirmant au contraire sa sclérose.
Nous avons suggéré des mesures symboliques, ce sont des signaux, mais la philosophie globale doit aussi évoluer.
Enfin, un chantier « stratégie », les plans successifs n’ayant eu de « stratégique » que le nom, leur seul objectif n’ayant consisté qu’à découper la maison en appartements faisant disparaitre peu à peu la marque Air France. Refaire la déco des avions, c’est nécessaire certes, mais certainement pas suffisant.
La nouvelle Direction saura-t-elle prendre la mesure de cette réalité ? En tout état de cause elle devra agir, et surtout changer de méthode.Les pilotes peuvent être un des premiers atouts de la compagnie, pour peu que l’on se donne la peine de les écouter, de les respecter, de les motiver.
Le taux incroyablement bas de confiance des pilotes dans leur encadrement aurait donné des sueurs froides à n’importe quel dirigeant d’entreprise digne de ce nom, mais pas chez nous !?
Il va aussi falloir combler le fossé entre Air France et KLM. Les dirigeants ont pu croire qu’ils pourraient nous balader, mais 19 jours de grève plus tard, ils se posaient encore les mauvaises questions.
Quelles perspectives alors ?
Option 1 : Un fonctionnement équilibré et productif à double sens, pas celui de Trust Together où l’on a tenté de nous berner avec une confiance à sens unique. Une considération réciproque et sans faux-semblants. Elle sera plus longue à obtenir qu’un accord de sortie de conflit.
Option 2 : la politique de la peur, le perpétuel chantage au développement ou à l’emploi, dont MM Juniac et Janaillac ont fait les frais…comme la compagnie.
Option 3 : le statu quo ou l’agitation habillée en mouvement, « tout changer pour que rien ne change ». On a déjà donné…
La première est plus coûteuse au départ, mais c’est la seule viable à long terme. Pour cela, il faut déjà respecter ses partenaires, les principes et la loi. Quasiment une révolution du côté de la Direction !Dans ce contexte, l’ensemble de nos interlocuteurs – et pas seulement Ben Smith – seront-ils à la hauteur des enjeux ? La réponse ne va pas tarder à venir.
Grégoire Aplincourt, Président du SPAF
OCTOBRE 2018
N° 58